7 sommets, 5 rêves et 1 façon de devenir alpiniste

Canmore (canada)

-10/03/2018 -

2ème étape : escalade de glace à Canmore (Canada), paradis mondial de l’escalade mixte et de l’escalade sur glace.

Lorsque nous avons parlé des différentes compétences que nous devions acquérir pour devenir alpiniste, la cascade de glace était évidemment une étape très importante. Canmore, Banff et Lake Louise étaient les endroits que nous devions visiter, même Shaun, originaire de Colombie-Britannique, a dû admettre que l’Alberta était la Mecque de l’escalade sur glace.

Cette décision a été facile à prendre car Shaun était fier de nous emmener dans son pays, c’était l’un de mes rêves de grimper le mur des pleurs. Manu, depuis qu’il est venu ici il y a 18 ans, rêvait de revenir, tout comme Sam qui a fait une saison ici en tant que guide et qui allait être notre expert « local » en charge de l’organisation du voyage. Rodger n’a pas été difficile à convaincre.

Le but de ce voyage était d’escalader des pentes de glace abruptes, de s’habituer au froid et au matériel, d’apprendre à se déplacer dans les montagnes enneigées en hiver. Toutes ces tâches sont des étapes importantes du processus. Pour cela, Sam a choisi quelques cascades de glace et escalades mixtes autour de Canmore en respectant une progression graduelle pour finir par le point culminant du voyage : Weeping Wall.

Les premiers jours, nous avons commencé par de l’escalade en simple sur de la glace raide et des voies mixtes. King Creek à Kananaskis et Haffner étaient d’excellentes options. C’est un bon moyen d’acquérir de l’assurance en escaladant des longueurs uniques raides, d’apprendre à accrocher les piolets dans les fissures, à construire un support d’assurage et à percer un Abalakov. Nous avons été stupéfaits par nos progrès rapides et avons donc décidé, le troisième jour, d’escalader une voie multi-pointes sérieuse appelée Professor’s Fall. Cette fantastique voie de 400 mètres se déroule dans un goulet étroit auquel on accède par une longue marche. Une longue journée dans les montagnes canadiennes glaciales est le meilleur moyen de tester l’endurance au froid et les capacités techniques. Nous sommes rentrés tard, fatigués, mais super heureux et plus motivés qu’avant pour continuer le processus et continuer à s’amuser.

Le lendemain, nous avons pensé qu’une journée de repos était nécessaire pour les bras. Nous avons donc commencé tard, mais dans l’après-midi, comme nos mains transpiraient, nous avons décidé de visiter les chutes Louise pour une escalade en fin d’après-midi. L’escalade se trouve à l’extrémité du lac – on y accède par une marche facile sur le lac gelé. Louise Fall est un bon endroit pour tester votre patience, car vous ne pouvez pas grimper cette ligne si des grimpeurs sont au-dessus. Nous avons dû attendre 2 heures au pied de la voie. Nous avons terminé de nuit ; il est préférable de rester en sécurité et de respecter les règles locales… Nous avons terminé la journée dans une bonne brasserie à Banff avec une excellente poutine et nous nous sommes réhydratés avec une bonne bière.

 

La leçon suivante  » Comment utiliser les Insta-stories et l’application Boomerang  » nous a occupés et nous a fait boire encore plus. L’un des objectifs de ce voyage était d’utiliser les skis et de tester le nouveau pack de ski de randonnée. Après ces journées intenses, nous avions évidemment besoin d’une journée de repos pour les bras. Nous avons choisi les montagnes de Kananaskis pour jouer la carte de la sécurité dans la neige profonde canadienne. La première heure sur les skis a été consacrée à la prise de décision dans la neige, au test des émetteurs-récepteurs, au test des sondes et des pelles et aux techniques de sauvetage en cas d’avalanche.

 

Nous avons également eu le temps de profiter d’une piste douce dans une forêt canadienne profonde avec une neige délicieuse et beaucoup de plaisir. Une petite tension se faisait sentir entre nos élèves alpinistes, la cloche sonnait pour la bière et le hamburger. Une belle journée en montagne s’achève, nos bras reprennent de la force, toute l’équipe est prête et motivée pour de la glace plus raide, nous choisissons donc « nothing but the breast », quoi d’autre après une semaine loin de nos femmes ?

La dernière pente raide était plus raide que prévu, ce foutu 4+ canadien serait un 5+ en Europe. Leçon du jour : l’alpinisme en hiver, et plus particulièrement la cascade de glace, c’est beaucoup d’attente  » si vous voulez être patient, vous devez rester au chaud  » prenez toujours assez de vêtements chauds et de boissons chaudes si vous ne voulez pas vous faire emmerder par quelqu’un de plus lent que vous…

Notre dernier jour ensemble allait être le jour J. Nous étions tous excités à l’idée de voir la glace. Nous étions tous excités à l’idée de voir la promenade du champ de glace et cet alignement d’énormes chutes de glace qui se termine par le fameux mur des pleurs. Cet endroit est au-delà de nos espérances, la glace est bleue, abrupte et omniprésente. Notre objectif : 3 terrains de football glacés et verticaux, c’est assez intimidant surtout quand le thermomètre indique -20°C. Mais nous voulons toucher cette glace, nous voulons sécher pour percer une vis à glace avant de prendre une décision. La glace est sèche, froide et fragile, mais l’équipe a décidé que nous pouvions tous y arriver en toute sécurité. Au lieu de grimper l’un près de l’autre, nous avons grimpé deux lignes parallèles.

C’est génial de se retrouver sur la corniche et de descendre en rappel ensemble avec l’excitation d’avoir réalisé un rêve et de parler déjà du prochain rêve. C’est un sentiment agréable pour un guide de sentir que son invité redescend plus confiant qu’il ne l’était au bas de l’échelle.

J’aime mon métier et je suis heureux de partager ces moments avec mes partenaires ! Le rêve continue…

Pierre MULLER